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A lire: Hervé Kempf, L’oligarchie ça suffit, vive la démocratie.

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A lire: Hervé Kempf, L’oligarchie ça suffit, vive la démocratie.

Message par jean luc le Lun 14 Mar - 13:28


Basta ! : Pourquoi affirmez-vous que nous ne sommes plus en démocratie, et pas encore en dictature, mais dans une « oligarchie » ?

Hervé Kempf : Dans les pays occidentaux, l’évolution du capitalisme ces 30 dernières années a provoqué une considérable augmentation des inégalités. Elle a conduit à détacher encore plus le groupe des très riches du reste de la société. Ce groupe a acquis un pouvoir énorme, qui lui permet de contrôler les grands choix collectifs. Derrière l’apparence d’une démocratie représentative, le destin de la collectivité est déterminé par un petit groupe de gens, la classe oligarchique.

Le régime oligarchique actuel se caractérise par une extension du pouvoir des acteurs économiques, bancaires et financiers. Et par un affaiblissement du pouvoir relatif de l’État. L’histoire récente l’illustre clairement, avec les exemples de la Grèce, du Portugal, de l’Irlande : ce sont désormais les spéculateurs, les banques, les fonds de pension qui décident des politiques économiques de ces pays. Le dénouement de la crise financière montre également la disproportion entre le pouvoir des États et celui des agents privés. Le système financier est sauvé fin 2008 par l’engagement des crédits et de l’épargne publics. Éviter l’effondrement du système était nécessaire. Mais on est en droit d’attendre que la puissance publique reprenne le contrôle des agents financiers qui avaient conduit à la crise par leur comportement irresponsable. Cela n’a absolument pas été le cas. L’autonomie de décision du secteur bancaire a été largement préservée. Les tentatives de régulation ne corrigent qu’à la marge les dysfonctionnements et les comportements spéculatifs.

L’oligarchie désigne à la fois une réalité sociologique et un système politique. Comment fonctionne cette élite puissante et fortunée ?

Une des caractéristiques du régime oligarchique est l’imbrication étroite entre les cercles dirigeants politiques et économiques. Alors que l’un des principes fondamental de la démocratie est la séparation : d’un côté les élus, les hauts-fonctionnaires, les membres des cabinets ministériels et de l’autre les dirigeants des banques et des grandes entreprises. Ils ne doivent pas être adversaires, au contraire, c’est important qu’une société démocratique ait une activité économique prospère. Mais en démocratie, les affaires privées relèvent d’une autre logique que les affaires publiques. Or on observe aujourd’hui une fusion des deux systèmes de gestion. Ceux qui sont en charge des affaires publiques ont beaucoup moins le souci de l’intérêt public. Ou plutôt, ils ont le souci que la gestion des intérêts publics n’entre pas en contradiction avec la préservation des grands intérêts privés. On observe aussi un constant va-et-vient, du point de vue des acteurs, entre les milieux de la haute décision publique et ceux des grandes entreprises ou de la banque.

Le glissement de la démocratie vers l’oligarchie ne s’est pas fait brutalement, mais plutôt de manière insidieuse...

Cela s’est opéré avec le creusement progressif des inégalités – dont on a véritablement pris la mesure ces dernières années. Tout le discours de l’oligarchie consiste à préserver la fiction de la démocratie. Il est vital pour le maintien d’un système inégalitaire que le peuple continue à croire qu’il est en démocratie, que c’est lui qui décide. Aujourd’hui, une partie de la classe dirigeante est cependant en train d’abandonner l’idéal démocratique et aspire plus ou moins ouvertement à un régime totalitaire. Il n’y a qu’à voir le nombre de capitalistes en admiration devant le régime chinois, parce qu’il atteint des taux de croissance économique records grâce à un gouvernement autoritaire.

L’oligarchie témoigne d’une conscience de classe aiguisée, d’une communauté sociologique solidaire. Mais, face à l’oligarchie, pourquoi une telle passivité, une telle apathie collective ? Pourquoi ne se rebelle-t-on pas ?

L’évolution du capitalisme s’est accompagnée d’une transformation majeure de la culture collective. L’individualisme s’est exacerbé à un point sans doute jamais vu. Il forme aujourd’hui le fond de notre culture, de notre conscience collective, de notre façon d’être. C’est ce qui cause notre faiblesse et notre incapacité à nous rebeller. L’individualisme fragmente la société. Il nous paralyse et nous handicape face à des gens qui, même s’ils sont peu nombreux, « jouent collectif » et sont très cohérents.

Pour dépasser cela, il faut nous affranchir d’un conditionnement extrêmement fort des médias, et particulièrement de la télévision. Elle est devenue si quotidienne et banale, on ne se rend même plus compte à quel point elle modèle et diffuse la culture collective. Le système de valeurs qu’elle projette, avec la publicité, est individualiste, axé sur la consommation, et n’invite pas à intervenir dans la sphère publique.

Sommes-nous indifférents à ce qui est en train de se passer ?

Il y a, dans une large part des classes moyennes, un conservatisme fondé sur la crainte. Elles savent que les mécanismes de la démocratie sont très affaiblis, que la situation générale se délite, que les institutions de solidarité collective sont mises à mal. Mais elles estiment que le capitalisme finissant et l’oligarchie leur garantissent une certaine sécurité face à l’ébranlement du monde. Après tout, cet ordre existant, bien que très critiquable, nous assure un confort qui pourrait être perdu en cas de changement majeur. Mais la situation ne peut pas rester stable. La sécurité actuelle est une fausse sécurité. Si l’on n’agit pas, si le sentiment d’indignation exprimé par les lecteurs de Stéphane Hessel ne se transforme pas en engagement, les oligarques, face à la montée de la crise sociale et écologique, nous entraîneront dans un régime de plus en plus autoritaire. Un régime qui affaiblira le confort, mais aussi la liberté et la dignité de chacun.

L’enjeu politique le plus immédiat est-il de « dé-financiariser » l’économie et de reprendre le contrôle du système bancaire ?

Oui. L’un des leviers essentiels pour revenir en démocratie – et pour donner des capacités d’action au politique – est d’affaiblir cette puissance financière. Il faut reprendre le contrôle, par des règles que les spécialistes de la finance connaissent bien : séparation des activités spéculatives et des activités de dépôt, gestion collective du crédit, taux de réserve obligatoire pour les banques… On peut aussi envisager la socialisation d’une partie du secteur bancaire.

Autre enjeu crucial : réduire drastiquement les inégalités. Cela est indispensable pour que notre société ait les moyens de se transformer, de s’orienter vers une politique écologique de la ville, de l’énergie, des transports. Il faut développer des activités moins destructrices de l’environnement, et moins tournées vers la production matérielle, comme l’éducation, la santé, la culture. Des activités qui ont un impact écologique plus faible, mais qui sont beaucoup plus riches en termes de lien social et de création d’emplois. Et la démocratie est fondée sur un principe d’égalité. Or aujourd’hui, certains sont dans une telle position de richesse qu’ils peuvent influencer très largement la décision collective. Par des activités de lobbying, par le financement des campagnes des candidats, par le contrôle des médias, autant d’actions qui conditionnent les esprits.

Comment réagit l’oligarchie face à la crise écologique ?

La crise écologique crée une contrainte historique tout à fait nouvelle et impose une véritable transformation de nos sociétés occidentales, de nos modes de vies. Notre économie repose sur un accroissement continu de la consommation, et nous savons pertinemment que cette course à l’enrichissement matériel ne peut se poursuivre indéfiniment. En termes de prélèvement des matières premières ou de recyclage, nous avons atteint les limites de la biosphère. Et les pays émergents revendiquent légitimement d’être traités sur un pied d’égalité avec les pays occidentaux, en terme d’accès aux ressources et de consommation. Historiquement, nous allons vers une convergence des niveaux de vie. La situation écologique ne permet pas que cette convergence se fasse par un alignement sur le niveau de vie occidental. Celui-ci doit changer, ce qui se traduira par une baisse du niveau de vie matériel. C’est le défi majeur de nos sociétés. L’oligarchie ne peut pas le relever.

Pourquoi en est-elle incapable ?


Pour l’oligarchie, il est vital que croissance économique et promesse d’augmentation de la consommation matérielle soient considérées comme un objectif absolu. C’est la condition pour que les inégalités actuelles restent acceptables : la croissance du PIB est censée permettre l’élévation du niveau de vie de tous. La question écologique est donc toujours minorée et la critique de la croissance considérée comme absurde. Il est essentiel que la délibération collective porte sur ces questions, qui sont la clé d’un avenir pacifique. La démocratie est le seul moyen de parvenir à cette transition, qui doit être réfléchie et choisie collectivement, dans une logique de réduction des inégalités.

Propos recueillis par Linda Maziz pour BASTA
À lire : Hervé Kempf, Comment les riches détruisent la planète, Éditions du Seuil, 2007 et Pour sauver la planète, sortez du capitaliste, Éditions du Seuil, 2009.

Hervé Kempf, L’oligarchie ça suffit, vive la démocratie, Éditions du Seuil, 14 euros.

Site d’Hervé Kempf: Reporterre

jean luc
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Kempf: «ces oligarques qui confisquent la démocratie»

Message par Que tal! le Jeu 17 Mar - 8:12

Dans LibéToulouse:
RÉLEXION. Influence démesurée de la puissance financière, pression des lobbies économiques dans les coulisses des ministères, médias contrôlés par les intérêts capitalistes: c'est le monde selon Kempf.

Sommes-nous toujours en démocratie ? interroge le journaliste du quotidien Le Monde, auteur de “L'oligarchie ça suffit, vive la démocratie”. «Non», répond-il sans nuance dans ce dernier essai publié aux Editions du Seuil.

Ne craignant pas d'être soupçonné de populisme, Hervé Kempf fait là la caricature d'une nouvelle classe dirigeante qui, selon lui, débat entre pairs seulement et impose ses décisions à l'ensemble des citoyens à la manière des oligarques de la Grèce ancienne.

Il expose en 182 pages son rêve d'une «cité idéale» guidée par le souci de l'écologie et du «partage» des richesses entre habitants de cette planète. Il est à Toulouse le jeudi 17 mars à 19h pour une rencontre à la libraire "L’autre Rive". Entretien:
LibeToulouse : De qui, selon vous, cette oligarchie en France est-elle composée?

Hervé Kempf : Les oligarques sont ceux qui tiennent les rênes des pouvoirs politique, économique et médiatique, ne représentant pourtant que moins de 1% de la population. Ils se réunissent dans des endroits assez discrets mais pas secrets pour autant. Au Forum de Davos en Suisse. Ou dans des clubs tels que Le Siècle pour ce qui concerne la France.
Les banquiers, hommes d’affaires, journalistes influents de la télévision, patrons de presse, hauts responsables du PS et de l’UMP, dirigeants de grandes entreprises du Cac 40 qui en sont membres dînent le dernier mercredi de chaque mois à l'Automobile Club de France, place de la Concorde, à Paris. S'y retrouvent entre autres Dominique Strauss-Kahn, directeur du Fonds monétaire international, Laurent Joffrin, ex-directeur de Libération, Louis Dreyfus, président du directoire du Monde ou Jean-François Copé, secrétaire général de l'UMP.

Ces dîners suffisent-il à mettre la démocratie en danger ?
Hervé Kempf : Dans le régime oligarchique, la puissance financière a acquis un pouvoir démesuré par rapport au politique. Élus et hauts fonctionnaires sont fortement influencés en coulisses par les lobbies, à la Commission de Bruxelles en particulier.
Le tout conduit à une hybridation entre les groupes de la haute décision économique et ceux de la décision publique. Laquelle, au final, garantit toujours le maintien des intérêts des groupes bancaires et économiques les plus importants. Á quoi il faut ajouter le contrôle des médias de masse qui affaiblit la démocratie de manière considérable.

Quelle influence prêtez-vous à ces groupes sur la marche du monde?
Hervé Kempf : L'oligarchie affirmait par exemple que les régimes autoritaires des pays arabes formaient un rempart contre l’islamisme. On se rend compte que c’est faux, les peuples arabes aspirant en fait à la liberté et à la dignité. La peur de l’islam et de l’immigration est sciemment utilisée pour détourner l'attention des citoyens européens de l'inégalité sociale, du pouvoir des financiers et de la crise écologique.
Les peuples tunisien, égyptien et libyen font preuve d'une grande énergie politique vers leur libération. Tandis que par faiblesse et par habitude, nous laissons la démocratie s’affaiblir dans les pays européens.

En affirmant que la France est dirigée par une caste de personnalités de droite et de gauche, n'abondez-vous pas dans le sens du Front National ?
Hervé Kempf : Au contraire! L'oligarchie, ou en tout cas une partie de l'oligarchie, a choisi de pousser le FN en avant en focalisant l’attention sur les Roms, la délinquance ou l’Islam. Il s’agit pour elle d’éviter que le débat central ne porte sur la distribution des richesses dans une situation de crise écologique grave et d'échec global du capitalisme.
Mon propos n'est pas de stigmatiser un groupe dirigeant, mais de mettre en lumière les mécanismes par lesquels la volonté des citoyens est méprisée et conditionnée.
Ce qui rend le Parti dit socialiste si décevant aujourd'hui est qu’il a oublié la question sociale. A partir des années 1980, le PS a contribué à la montée de l’oligarchie actuelle et nombre de ses dirigeants défendent de facto son système de valeurs. Les classes populaires se tournent ainsi vers ceux qui semblent attaquer les systèmes de pouvoirs.

Quelle solution au mal que vous décrivez?
Hervé Kempf : ... Reconquérir la démocratie à la base, sur les lieux de travail et dans les collectivités locales. Replacer l'intérêt général au centre des préoccupations des États, ne serait-ce que pour reprendre le contrôle du système financier.
La situation n’est pas figée. Le capitalisme évolue vers de plus en plus d'autoritarisme, mais reste une voie vers une démocratie vivante et renouvelée, répondant aux enjeux écologique et de justice sociale. Une issue positive est tout à fait possible.

Propos recueillis par Jean Manuel ESCARNOT

"L’oligarchie ça suffit, vive la démocratie", 182 pages, 14 euros, Éditions du Seuil

Que tal!
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