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Bisphénol A, alertez les bébés !

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Bisphénol A, alertez les bébés !

Message par jean luc le Dim 20 Mar - 9:39

- Non, la consommation d’alcool et de tabac ne suffit pas à expliquer l’augmentation des maladies chroniques ! Parmi les produits dangereux qui ont envahi notre alimentation, les perturbateurs endocriniens, tel le bisphénol A, que l’on trouve dans nombre de contenants alimentaires et… dans certains biberons.
C’est une histoire exemplaire. Elle raconte comment, sous l’impulsion de quelques hommes, une collectivité locale – la Mairie de Paris – a décidé d’interdire un produit d’utilisation courante – le biberon en plastique – parce qu’il contenait une substance chimique jugée potentiellement toxique – le bisphénol A – alors que ni la loi, ni les autorités sanitaires française (1) ou européenne (2) ne remettaient en cause son utilisation. Tout commence par un article publié dans Le Monde du 12 juin 2008. Sous le titre « Les biberons en plastique au cœur d’un débat scientifique », le journal s’interroge sur la dangerosité du bisphénol A (en abrégé BPA).


L’article attire l’attention de la conseillère du maire de Paris chargée des âges de la vie, Odile Bailleux-Hauser, qui le transmet au service de la Ville en charge des familles et de la petite enfance. Pas tout à fait un hasard. Le BPA, qu’on trouve un peu partout (biberons, bonbonnes d’eau, boîtes de conserve, canettes, DVD, verres de lunettes, facturettes…) traîne déjà depuis quelques années une réputation controversée. Classé parmi les perturbateurs endocriniens, il est suspecté par de nombreuses études scientifiques d’avoir des effets sur la reproduction et de favoriser certains cancers. Circonstance aggravante, le BPA a la fâcheuse capacité de migrer du plastique vers les aliments, notamment lorsque les récipients sont chauffés à haute température. Or, c’est bien connu, les bébés préfèrent boire leur biberon chaud, et même si les crèches municipales ont recours au bain marie plutôt qu’au micro-ondes, le risque n’en est pas pour autant écarté. Le Canada vient d’ailleurs d’en tirer les conséquences en interdisant purement et simplement leur commercialisation.

La direction de la Petite enfance va mettre deux mois à réagir pour conclure qu’il est urgent d’attendre. S’appuyant sur la législation, la sous-directrice écrit dans une lettre du 13 août : « Il paraît souhaitable, afin d’éviter des réactions débordantes (sic), d’attendre la décision du ministère de la Santé qui fera suite aux conclusions de l’Afssa sur le sujet. ».
L’affaire aurait pu en rester là, d’autant que, dans un avis publié deux mois plus tard, l’Afssa conforte cet attentisme en estimant qu’il n’y a pas lieu de remettre en cause l’utilisation des biberons en plastique, qui, explique-t-elle, ne « justifient d’aucune précaution d’emploi particulière ». Elle va pourtant rebondir grâce à un reportage diffusé par France 2 dans Complément d’enquête. Son titre est éloquent : « Biberons empoisonnés » ; son contenu troublant, car il met en scène la controverse sur le BPA et donne la parole aux scientifiques qui en pointent la toxicité. A la Mairie de Paris, le reportage ne passe pas inaperçu. Cette fois, c’est l’adjoint au maire chargé de la petite enfance, Christophe Najdovski, qui monte au créneau. L’élu Verts envoie à son tour une lettre à la direction des familles et de la petite enfance. Le ton est diplomatique, les arguments politiques (« L’attentisme de la Ville pourrait être de plus en plus critiqué ») et la conclusion sans appel : « Je souhaite que toutes les solutions permettant de ne plus recourir aux biberons contenant du BPA soient recherchées et analysées. » Sa lettre tombe bien, et il ne l'ignore pas.

Au même moment, le Réseau environnement santé, composé de scientifiques et d’ONG environnementales, demande publiquement l’interdiction du Bisphénol A dans tous les plastiques alimentaires. Le gouvernement, lui, n'en démord pas. « Des études fiables concluent à l'innocuité des biberons fabriqués avec du BPA », tonne Roselyne Bachelot, alors ministre de la Santé, à l'Assemblée nationale. Le doute s'installe néanmoins et, avec lui, cette question : faut-il appliquer le principe de précaution, inscrit dans la constitution française via la Charte de l'environnement ? Les élus Verts au Conseil de Paris en sont convaincus et tentent alors d’« ambiancer » l’entourage du maire. Pas évident. « Bertrand Delanoë est plus scientiste qu’écolo. Revendiquer le principe de précaution n’est pas dans sa culture », raconte Denis Baupin, son adjoint à l’environnement. Ils ont pourtant un argument majeur : des solutions alternatives au biberon au BPA existent. On commence à trouver des biberons en plastique sans BPA et on peut revenir aux bons vieux biberons en verre.

La partie n'est pourtant pas gagnée, car, s'il n'y a pas d'hostilité sur le principe, des réticences existent. Les biberons sans Bisphénol coûtent plus cher et les biberons en verre cassent. Sans compter qu'ils vous ont un petit côté rétro qui ne plaît pas à tout le monde. Le débat avance pourtant avec une nouvelle interrogation : faut-il renouveler les biberons au fil de l’eau ou en une seule fois ? La question n’est pas tranchée quand, le 17 avril, une dépêche AFP citant Christophe Najdovski et Denis Baupin annonce que « la Ville de Paris ne veut plus de biberons au BPA pour ses crèches ». La dépêche fait bondir Nicolas Revel, le directeur de cabinet de Bertrand Delanoë, qui se fend d’un coup de fil peu amène à leur encontre sur le thème de « l’annonce prématurée ». Les deux élus ont-ils forcé la main au maire de Paris ou simplement court-circuité la communication de la Mairie de Paris ? L’un et l’autre jurent qu’ils avaient obtenu l’accord de Bertrand Delanoë. Accord verbal seulement, car la décision écrite n’interviendra que quelques semaines plus tard. Le 1er janvier 2010, les vingt-huit mille biberons des quatre cent trente crèches et haltes-garderies municipales sont remplacés en une seule fois pour un tiers par des biberons en verre et pour le reste par des biberons en plastique sans BPA. Surcoût pour la collectivité : cinquante-huit mille euros. Les biberons obsolètes ont été recyclés en granules destinés à la fabrication de lunettes et de phares de voiture.

Six mois plus tard, le Parlement français vote à l’unanimité une loi interdisant la commercialisation des biberons au BPA. Faut-il aller plus loin et interdire le BPA dans tous les contenants alimentaires ? C’est la logique. Lors de la discussion du projet de loi, Valérie Létard, alors secrétaire d’Etat au Développement durable, avait promis que « le gouvernement s’engageait à revenir devant le Parlement en janvier 2011 pour décider de l’opportunité d’aller vers une évolution de la réglementation du BPA. » Promesse confirmée ensuite à plusieurs reprises par Nora Berra, la secrétaire d'Etat à la Santé. Janvier est passé sans que rien ne se passe. Le ministère de l’Ecologie nous a cependant certifié que le gouvernement tiendrait parole… dans quelques mois.



Olivier Milot

(1) Il s’agit de l’Anses, Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail. Elle est issue de la fusion, en juillet 2010, de l’Afssa, Agence française
de sécurité sanitaire des aliments, avec l’Afsset, Agence française de sécurité sanitaire de l’environnement et du travail.
(2) L’Efsa (European Food Safety Authority), Autorité européenne
de sécurité des aliments.

jean luc
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