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L'agriculture durable peut nourrir le monde

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L'agriculture durable peut nourrir le monde

Message par jean luc le Dim 4 Sep - 10:05

Alternatives Economiques: une lecture toujours enrichissante!
L'agriculture durable peut nourrir le monde, mais...


De plus en plus de voix militent pour rompre avec le modèle agro-industriel. Mais une agriculture plus verte pourra-t-elle répondre à nos besoins ?

Il y a tout juste vingt ans, le Paraguay faisait sa révolution… culturale. Les agriculteurs ont commencé à ne plus labourer les terres et à pratiquer à la place le semis direct, c'est-à-dire le fait de semer sur des sols non retournés et recouverts en permanence par de la paille et autres résidus de la récolte précédente. Non seulement ce couvert végétal fournit une matière organique permettant de réduire l'apport d'engrais chimiques, mais il protège les sols de l'érosion, à la différence d'une terre dénudée exposée au ruissellement. Les résultats sont probants : selon les situations, l'introduction du semis direct a permis une hausse des rendements de 1 % à 30 %. Expérimentée en 1992, cette technique est aujourd'hui pratiquée sur 2,2 millions d'hectares, soit 65 % de la surface agricole du pays.

Partout, les initiatives fleurissent. Certains pays développent l'agroforesterie : les cultures au pied des arbres requièrent moins d'apport en eau grâce à l'ombrage et bénéficient de cet engrais naturel que constituent les feuilles tombées au sol. Le Malawi s'y est converti à la suite de la crise alimentaire de 2005 provoquée par une grave sécheresse. Les paysans qui ont adopté cette pratique ont vu leurs rendements de maïs passer de 1 à 2, voire 3 tonnes à l'hectare.

L'agroforesterie donne également des résultats dans les zones arides. Au Niger, les paysans multiplient les plantations d'acacias, des arbustes ne nécessitant pas de grandes quantités d'eau pour se développer et devenus de véritables usines à engrais vert. " Et si, au pied des arbres, on cultive des légumineuses [1], les bénéfices sont encore plus importants que pour les céréales, car ces plantes ont des racines profondes qui retiennent l'eau et vont chercher loin les éléments minéraux dont elles ont besoin. Dans le cas des légumineuses, on a observé dans les régions semi-arides une multiplication par 2,5 des rendements ", indique Marc Dufumier, professeur à AgroParisTech, qui travaille depuis plusieurs années à la vulgarisation de techniques optimisant les potentialités de la nature et adaptées aux réalités économiques et sociales locales. Face au manque d'eau, les paysans sahéliens ont appris à construire des petites digues de pierre autour de leurs champs, ce qui permet de réduire le ruissellement pendant la saison des pluies, de recharger les nappes phréatiques et d'améliorer l'humidité des sols. Au Sénégal, ces diguettes ont entraîné une hausse de 5 % à 10 % des rendements céréaliers.

Biodiversité contre insectes ravageurs

Entretenir la biodiversité des espaces cultivés offre également des moyens efficaces de lutte contre les insectes ravageurs des cultures, tout en réduisant les épandages d'insecticides de synthèse. Une stratégie dont les agriculteurs bio des pays riches n'ont pas l'exclusivité, loin s'en faut. Au Kenya, des rangées de desmodium, une plante qui attire les insectes piégés par la matière gluante qu'elle produit, quadrillent les champs de maïs sur déjà quelques milliers d'exploitations.Grâce à cette innovation, leur production a doublé. Bénéfice collatéral : les paysans ont pu à moindres frais augmenter leur production de lait, le desmodium servant aussi à nourrir le bétail. " Toutes ces pratiques montrent la voie à suivre pour concilier nécessaire croissance de la production agricole au Sud, préservation de l'environnement et faiblesse des moyens matériels dont disposent les producteurs ", affirme Marc Dufumier.

Mieux mesurer l'efficacité

Promues depuis longtemps par nombre d'organisations paysannes et d'associations de solidarité militant pour l'agro-écologie, ces pratiques rencontrent de plus en plus de soutiens au sein des gouvernements, des grandes institutions appuyant le développement agricole, telles que l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) ou la Banque mondiale, et des instituts internationaux de recherche agronomique, dont ceux regroupés au sein du Groupe consultatif pour la recherche agricole internationale [2]. Signe des temps : la Chine, prise en étau entre des besoins alimentaires croissants et la dégradation de ses ressources naturelles, a annoncé en janvier 2011 un vaste programme visant à encourager l'" agriculture de conservation " et la préservation des ressources en eau.

S'il voit le jour, ce projet permettra de mieux mesurer l'efficacité réelle de pratiques pour l'heure expérimentées, sauf exception, sur des superficies encore modestes. Les rares études systématiques réalisées sur le sujet sont néanmoins très encourageantes. Comparant les résultats de 286 projets récents d'agriculture durable couvrant 37 millions d'hectares dans 57 pays pauvres (soit sur 3 % des terres cultivées), une équipe de l'université d'Essex, au Royaume-Uni, a constaté que l'agro-écologie avait entraîné une augmentation moyenne des récoltes de 79 %. Une progression de 116 % en Afrique et même de 128 % en Afrique orientale a été observée par rapport aux techniques culturales classiques.

" Reste que la généralisation de ces pratiques est complexe, tempère José Tissier, responsable adjoint de la division développement agricole et rural à l'Agence française de développement. L'AFD a appuyé des projets expérimentaux conduits par le Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad) au Brésil, à Madagascar et au Cameroun. Ce n'est pas comme la "révolution verte" lancée dans les années 1960, où les techniques - apports d'engrais chimiques et variétés améliorées - étaient les mêmes quel que soit le pays. Quand on valorise le potentiel des écosystèmes, il faut faire du sur mesure, chaque région ayant ses particularités. Les recherches doivent se poursuivre pour nous permettre de mieux connaître les interactions entre les plantes, les sols… " Une démarché désormais prônée par l'IAASTD, un organisme international chargé d'évaluer le rôle des connaissances scientifiques et techniques agricoles : son rapport 2009 défend l'idée d'une " intensification écologique ".

Barrières culturelles et techniques

L'inflexion du discours des bailleurs de fonds et de la communauté scientifique internationale se traduira- t-elle par des soutiens concrets à l'agriculture durable ? Son développement se heurte en effet à bien des résistances. Au Burkina Faso, par exemple, les cultivateurs de coton, dont les habitudes de travail ont fait leurs preuves, hésitent à en changer. " Il y a aussi des freins socio-économiques, analyse José Tissier. Le semis direct suppose que les pailles restent sur le sol après la récolte. Or, dans certaines régions, comme au Maroc, les éleveurs font pâturer leurs troupeaux sur les champs après la moisson. Y introduire le semis direct résoudrait des problèmes, mais en créerait d'autres. Toutes ces techniques ont aussi des limites dont il faut avoir conscience. "

De plus, si l'agro-écologie permet d'accroître assez aisément les rendements dans les pays où, faute d'investissements dans l'agriculture, ils sont très faibles, comme c'est largement le cas en Afrique, il n'en va pas de même dans les régions où ceux-ci sont très élevés. La suppression des engrais chimiques s'y traduirait par une moindre productivité à l'hectare, mais dont il ne faut pas exagérer l'ampleur. Si l'Institut de recherche pour l'agriculture biologique en Suisse a montré que les fermes biologiques avaient un rendement inférieur de 20 % aux fermes conventionnelles, beaucoup d'études montrent une différence moins marquée, comme celle réalisée par l'Institut national de la recherche agronomique (Inra) sur des exploitations céréalières : une utilisation très limitée d'intrants chimiques réduirait les rendements de 5 % à 10 % seulement.

Le véritable obstacle n'est en définitive pas technique mais économique et politique. Une agriculture à la fois productive et respectueuse des écosystèmes est aussi une agriculture dont les coûts, de main-d'oeuvre notamment, sont souvent plus élevés que son pendant industriel. Sa mise en oeuvre implique donc une claire politique de soutien… et des choix de société.

Laurence Estival
Alternatives Economiques n° 305 - septembre 2011

jean luc
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